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   Quatrième carte : Les larmes de Juarez
[09/06/2007 3:04]



COUP DE GRÂCE VIOLÉE Étranglée transpercée d’une balle Non identifiée Fée marraine Fée Traîtres aux carrefours présomptueux Brûlée Amour Bâillonnée Attachée La tête recouverte d’un sac plastique Des yeux pour les fées Sourire de communicateurs transis dans la poche des puissants. Violée Poignardée Souillée A moitié nue Glorification de l’horreur Étranglée Fée Fée Frappée NON IDENTIFIÉE (1)

 

A Ciudad Juarez, dans l’Etat de Chihuahua, depuis 1993 plus de 400 femmes ont été torturées, violées puis sauvagement assassinées. Le nombre des disparues dépasse les 600 ! Malgré la mobilisation nationale et internationale, les autorités locales et fédérales ne semblent toujours pas pressées de faire le jour sur ces meurtres. Le discours officiel préférait, il y a quelques années encore, fustiger les tenues provocantes des victimes.
Elles avaient entre 12 et 29 ans. Elles étaient pour la plupart ouvrières dans les nombreuses maquiladoras. Ces usines de production, attirant une main-d’œuvre aussi inépuisable que les profits des transnationales, ont fait de la ville l’une des plus peuplées du pays. Située à la frontière avec les USA, Ciudad Juarez est à la jonction de deux mondes.
Il y a dans le sort des femmes de Juarez un peu de la malédiction de La Malinche. Cette jeune indienne, et 19 autres, fut offerte aux conquistadors à leur arrivée en 1519. Elle parlait le nahuatl (2) et le maya (3) et, baptisée, Marina devint l’interprète de Cortés… et sa maîtresse. Elle lui donna un fils illégitime, Martín. Les connaissances de Doña Marina facilitèrent la conquête de l’Empire Aztèque. Mais une fois Tenochtitlan (4) soumise, Cortés la délaissa.
Le mythe véhicule l'opinion contradictoire du peuple mexicain sur la condition de la femme. Pour certains La Malinche est la mère du Mexique métis. Mais dans la langue populaire elle est la victime consentante, celle qui a vendu son pays et son corps.
Une autre figure féminine de l’imaginaire mexicain peuple la frontière de deux mondes. Celle de La Llorona, ce spectre qui hante les nuits mexicaines de ses cris déchirants. Dans la légende d’origine indigène, La Llorona était la déesse Cihuacóatl professant la fin de l’Empire Aztèque et pleurant la mort de ses enfants. Une autre interprétation y décèle l’esprit de La Malinche, condamnée aux larmes éternelles pour avoir livrer son peuple à Cortés.
De la conquête espagnole à l’esclavage industriel, demeure cette culpabilisation de la femme. La mère de tous les maux, la catin vendue à l’étranger. Pourtant de Chihuahua au Chiapas des femmes se lèvent pour effacer ces images qui parfois peuvent tuer… dans les salles d’avortement clandestin ou les ruelles sombres de la cité des mortes. Cette nuit résonneront encore les pleurs. Ce sont les cris des femmes oubliées du Mexique. Les larmes de Juarez.
Stéphane Ripoche

 

(1)   : Extrait de DES YEUX POUR LES FÉES, publié en 2003. Le poème fait référence aux meurtres de Ciudad Juarez. Plus d’infos sur le site www.amnesty.fr.
(2)   : Langue officielle de l’empire Aztèque jusqu’à sa chute en 1521.
(3)   : Peuples du sud du Mexique et du Guatemala.
(4)   : Nom de la capitale Aztèque, devenue Mexico.





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